rimes intimes

16 juin 2010

Elle vous arrive comme cela, un matin, la lettre. Entre le Tigre et l'Euphrate. Elle vous revient comme première cité. Une langue dans son berceau. Avec ses mots d'argile gravés à la pointe d'un roseau. Elle vous arrive comme un jardin suspendu, avec ses mots de Babylone et de Mer Rouge. Avec ses mots de cuir cousu, son livre d'Isaïe. Elle vous arrive comme un manuscrit, une mer morte. Une carte dépliée qu'un fleuve traverse au milieu de la page.

Elle vous revient de cettte marche aveugle, au berceau de l'amour, là où tout a commencé, au premier jour d'écriture, au premier jour de cessité.Elle vous arrive de ce temps où vous juriez de vous suivre et de tout quitter. Elle vous arrive du miracle de l'amour, de ce temps aveuglé, des mots comme une foule qui réclame de guérir. Elle vous revient comme un psaume la lettre. Du temps où vous marchiez sur le bord du chemin comme deux aveugles à Jéricho. 

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27 mars 2010

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09 décembre 2009

Une vie s'éteint.

Je viens de rompre le contrat edf de l'appartement.

Je lis et relis Jean luc Parent " Les yeux "

" L'obscurité nous donne à toucher la couleur détruite, l'insaisissable anéanti. Tout est détritus de lumière, résidu inutilisable du jour. Tout est débris de rouge, de jaune, de bleu. Tout s'est cassé de s'être éteint, tout est lourd, immobile d'être mort sous les yeux. Tout n'est plus que l'amas, le tas dont la lumière ne se sert plus, les restes du nettoyage du jour. Tout cela a été balayé, mis de côté dans un coins de la terre, tout au fond d'un couloir où il fait noir et où l'on ne peut plus voir.  Tout cela n'est que le tas de poussières du jour que la lumière, ne l'utilisant plus, a laissé là et que la nuit a entassé autour de nous pour pouvoir nous y agripper et avancer...."

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Et se dire

Et se dire que ça pourrait durer mille ou deux mille ans. Que j'ai été plantée là. Faite pour attirer les foudres. Qu'il y a dans mon histoire un oracle. Que tout débute au pied de la montagne, pieds attachés. Que des milliers d'années ne suffiraient pas à mon Oedipe. Que j'ai été désignée pour ce mythe. Que je resterai fidèle à mon père errante sur ma route. Qu'il faut contre la loi des hommes se battre pour une sépulture. Qu'il y a dans ma révolte toute une cité. Et dans mes cris beaucoup d'amour. Dieu que l'amour est une ville ennemie. Et qu'il est difficile d'y vivre à coeur ouvert dans le tombeau des Labdacides.

Antigone n'est pas morte, Antigone s'est suicidée.

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08 décembre 2009

Se retirer

Et puis il y eut ce geste des mains. Né de la terre, du buste, et du tronc, ce mouvement de repli d'un corps millénaire. Fatigué et usé. Et puis il y eut ce corps, comme un arbre isolé. Pris dans l'écorce, sa veine et ses noeuds. C'est peut être cela la grâce, accepter d'être frappé au point le plus haut. Et s'offrir comme une trajectoire. Et offrir son corps comme l'arbre à la foudre. Et finir bras ballants, foudroyé.  Et offrir avec grâce ce spectacle de soi. Cette désolation. Ventre bas. Femme tronc. C'est peut être cela la grâce accepter ce foudroiement. Ce petit buit de bois sec sur ce corps un peu mort. Et se retirer. Et se dire la chance d'un corps conducteur désigné par le ciel et traversé de feu.

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02 décembre 2009

Sèche, je suis sèche. Je ressemble à une mite.  Pas celle qui fait des trous, non pas celle là. A une mite alimentaire, celle qui se roule dans la farine. Une pyrale ça s'appelle. Ca vient du grec, du berceau d'une civilisation, d'une langue morte. Et du feu. D'une langue qui remonte au deuxième millénaire. D'un radical. D'un dialecte. Un peu comme en amour. C'est peut être ça l'amour. Cette langue morte qu'on arpente, avec des sonorités lointaines, impossibles à répéter. Une langue morte et brûlée. Avec un radical et du feu dedans. C'est peut être pour ça que je renonce. A  cause de ce " pyr" qui précède mes amours chaque fois. C'est peut être ça l'amour, une larve cachée. Quelque chose qui roule et se traîne. Et rien d'autre.Peut être que c'est ça mon amour à moi, juste trois lettres attachées. Epinglées. Accrochées à des ailes et du feu pour me brûler. C'est peut être ça l'amour, une variété de mites. Celles qui laissent des trous, des vides, des riens derrière elles. Des teignes ça s'appelle. Et puis d'autres, comme moi, qui se roulent dans la farine. Brûlent et portent le feu. C'est peut être ça l'amour, une langue vivante et morte à la fois.

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18 novembre 2009

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A Franck. En mémoire à notre jeudi noir. A sa délivrance ce jour là.

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12 novembre 2009

Lettre à Bertrand Tavernier

Bertrand_Blier

Vos mots me sont revenus cette nuit, mots fantômes, égarés, envolés des pages de mon histoire. 

C'était il y a vingt deux ans.

Vous avez pris mon visage et comme certains copistes qui grattaient sur un texte ancien vous avez réécrit. Et sur votre palimpseste, sans le savoir, vous avez réécrit mon histoire, annoncé ses combats, tracé ma destinée.

A mon front, comme sur les hauteurs d'une colline, vous avez vu l'assaut, entendu au loin le galop furieux de ma vie. Les chevaux, leurs courses échevelées, Job parlant au seigneur. Vous aviez vu au sommet de mon front l'arrivée de leurs chars. Vous y verriez aujourd'hui leurs passages écrasants, les traces de leurs grandes roues laissées dans leurs sillons,  deux rides profondes à mon front. Mes combats m'ont emportée, vains, inutiles. Vous liriez aujourd'hui dans les plis de ma résignation. Vous y verriez Jeanne D'Arc et mes cheveux coupés, mes guerres de cent ans, mon hérésie. La souffrance et le martyre des êtres de passion. Vous y verriez des marques de fatigue et d'épuisement.  Et à mes joues, les flancs battants et creux d'une jument couchée sur sa défaite. Et à  la place de mes yeux, deux bouchons de cire après la saillie.

Posté par s e g o l e n e à 22:36

09 novembre 2009

Je t'écris de là bas, du relief accidenté de ma langue, des marais de ma bouche, de leurs eaux stagnantes.Des berges asséchées de ma langue. C'est l'hiver de ma langue, c'est l'hiver des baisers.

Les baisers ont leur saison. Ils arrivent un printemps, puis repartent, s'envolent et migrent. Et l'amour dans cet éternel recommencement, d'une bouche à l'autre, dans ce va et vient perpétuel de la langue. Et l'amour dans cet éternelle traversée d'une rive à l'autre des continents. Il y a dans les baisers comme de grands oiseaux migrateurs.Lorsqu'ils quittent les eaux douces des salives mélangées. C'est l'hiver sous la roche sèche de mon palais. C'est l'hiver de ma gorge désertée par la faune et la flore de tes baisers. Il y a dans un baiser une zone humide comme un grand marécage et dans sa perte comme un enfoncement.

Il y a dans un baiser tout le commencement d'un univers, sa formation, une eau lourde et chargée qui suinte, la formation d'un stalagmite, la chute lente des salives calcaires. Et les langues s'érodent. Et le baiser se forme. Et le baiser devient cette caverne primitive. Et le baiser dépose son empreinte et l'amour sa trace pour des millénaires et des millénaires. Et l'étreinte des corps forme une ombre à jamais.

Embrasser c'est reconstruire la cavité du monde, réécrire le déluge, former l'arche. C'est entrer dans la salle des taureaux par la langue. Et chasser. Et marcher sur les terres de l'autre. C'est inventer le feu par le silex des langues. C'est l'hiver des baisers sous la roche de ma langue.

Posté par s e g o l e n e à 13:00

08 novembre 2009

L'ombilic des Limbes

" Je détruis parce que chez moi tout ce qui vient de la raison ne tient pas. Je ne crois plus qu'à l'évidence de ce qui agite mes moelles, non de ce qui s'adresse à ma raison. J'ai trouvé des étages dans le domaine du nerf. Je me sens capable maintenant de départager l'évidence. Il y a pour moi une évidence dans le domaine de la chair pure, et qui n'a rien à voir avec l'évidence de la raison. Le conflit éternel de la raison et du coeur se départage dans ma chair même, mais dans ma chair irriguée de nerfs..."

Antonin ARTAUD.

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05 novembre 2009

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Posté par s e g o l e n e à 17:36

19 décembre 2008

Parce qu'on n'écrit pas si prés de l'artère du temps, sur le fil du rasoir, au plus prés de la veine, sur le cordon de l'enfance, sans risquer l'étouffement, l'enroulement et le bleuissement. Et L'aveu. C'est comme un cri primal l'aveu. Un cri primal et tardif. Sorti d'un ventre dur. Poussé juste à temps. C'est comme un passage en force l'aveu, une déchirure des grandes lèvres du temps. C'est cette dilatation du silence sur le col, au rebord des lèvres. Son ouverture. Et son déchirement soudain. Parce qu'elle arrive comme ça la vie, par un ventre de pierre, par un éboulement, un déluge et un cri. Et qu'il nous faudra gueuler et hurler comme des chiens tenus en laisse autour du cou. Parce qu'il n'y pas d'autre choix. Crier ou mourir. Etranglés. Parce que vivre ou étouffer. Parce que vivre ou rester attahés au piquet. Parce que c'est ça l'aveu, c'est sortir juste à temps du teint jaune des eaux. C'est ce cri saturé, et urgent. Ecarté entres les lèvres et poussé juste à temps. Juste à temps.

Posté par s e g o l e n e à 13:32

09 décembre 2008

Elle me revient la ligne. Rapportée et contractée comme une syphilis au cours d'un voyage. Elle me revient comme une atteinte nerveuse et tardive sur le nerf de l'existence. Dans les muscles, la moelle épinière. Sur la colonne. Dans le dos. Par surprise. Comme toutes les attaques.

La vérole c'est son nom. Le nom de la conscience. De l'arrière conscience. De son sursaut. De ce réveil tardif de la mémoire. De toutes les mémoires. Enfouies. Et cachées à l'arrière de nos vies. La vérole c'est le nom de la mémoire, de toutes les mémoires. Sur la peau. Dans le corps. Dans les os. C'est le nom de tout ce temps passé à l'arrière de mon existence. Dans l'ombre. C'est ce temps du démembrement. Du passé qui pourrit et entre en décomposition à l'arrière des corps. C'est la souche de l'espèce humaine. Sa nature profonde. La mienne. Faites de mensonges et de trahisons. D'une double vie. C'est la vérité qui éclate. Et s'ecrit. Le carbone de mon histoire. Rapportée d'un voyage. D'un exil. De toute une vie. D'errances. De dérives en dérives.

Posté par s e g o l e n e à 09:27

14 octobre 2008

La peur au ventre, j'ai continué. Ne tenant plus que par un fil. Les montagnes comme des chauves souris renversées sur le ciel semblaient se rabattre sur moi, me tirer par les cheveux pour me faire avancer. Laissant mes pas par poignées dans les mains d'une douleur sourde qui me béquetait par tous les orifices. Accrochée à mes chairs. Concentrée sur mes lèvres et ma vulve jusqu'à l'éclatement de ses vaisseaux sanguins, de ses nerfs et de ses muscles. Jusqu'à ce que je n'en puisse plus. 

Les traversées du désert sont parfois comme des grands interrogatoires, comme des camps. Celui là était devenu un immense champ de fils barbelés qui me rentraient sous les chairs. Une grande chaise électrique pour ma mémoire.  Avec ses secousses. Avec ses décharges. Pour que me reviennent les souvenirs. Cloturée, j'étais clôturée, comme je l'avais été, toute une vie, par un petit fil barbelé invisible et rouillé dans mes chairs. L'infection avait gagné, le désert sur moi avait gagné. Je n'avais plus d'autre choix que de prendre et arracher moi même le fil.

Doucement, du bout des doigts, du bout des lèvres raconter. La peau des lèvres est infiniment plus fragile. Celle des petites filles infiniment plus délicate.

Posté par s e g o l e n e à 10:15

12 octobre 2008

Seule avec la cicatrice, je me suis retrouvée seule. Errante sur mes chairs encore à vif, élargies, déchirées et douloureuses sous chacun de mes pas. Avancant dans le désert, tentant de me frayer un passage pour atteindre l'arrière des montagnes, dans l'espoir de franchir leurs cols avant la tombée de la nuit. Avant qu'elle ne gagne et progresse sur le jour comme une infection, le grangrenne peu à peu. Avant que l'infection elle même ne s'étende sur moi et m'ampute moi aussi, me nécrose à jamais. Comme cette terre noire endeuillée et désolée tout autour de moi sur laquelle je marchais en souffrance. Comme si chaque pas enfonçait plus loin la douleur de la terre et la mienne. Comme si chaque plaque volcanique sous mes pieds me menacait d'affaissement. D'effonfrement au milieu de nulle part, sur cette terre cerclée. Je marchai sur son ventre et son cerclage, fragile, infiniment fragile. Tel ce petit fil de nylon invisible que je portais depuis des années entre mes lèvres. Qui se déchirait peu à peu sous chacun de mes pas. Je marchais dans la terreur de le voir rompre et céder. Me découdre et m'éventrer pour toujours. J'aurais voulu tout endormir, endormir le passé, endormir la souffrance, endormir mes pas à l'éther.  J'aurais voulu que mon sexe comme une tique se décroche et se meurt. J'aurais voulu tomber et m'évanouir. Comme cette fois où je ne me souviens de rien, cette nuit d'amour dans son comas éthylique, cette nuit de sodomie qui dort et trempe comme une bête dans le formol de ma mémoire. Je marchais en disséquant mon sexe, ses histoires. Hébétée de douleurs, à la recherche de pinces, des pinces pour arracher le fil invisible, ses agrafes dans mes chairs, des pinces pour arracher à la langue de mes amours mortes quelques derniers mots, pour ouvrir tous les couvercles des bocaux de ma mémoire pour laisser s'échapper les souvenirs en train de dormir et grouiller sous ma peau.

Posté par s e g o l e n e à 11:29

09 octobre 2008

Enroulés à mes chevilles, je vous trainais au sol, pas à pas. Vous roulais dans la poussière.

A l'habileté de vos glissements et de vos balancements, je vous reconnaissais un à un. A vos cadenses, adroites ou maladroites, je vous différenciais. La noirceur du ciel, et des montagnes alentours était comme un bandeau sur mes yeux qui me laisssait vous deviner. Vous cherchiez l'air et suffoquiez. A même le sol, vous vous refroidissiez, et les marbrures peu à peu visibles et apparentes sur vos peaux, me rappelaient mes bleus. Les coups que j'avais pris. Sous le durcissement de ma lave, vous cherchiez la pierre, son frottement, le décollement de nos chairs. Vous appeliez la mue. Comme lorsque vous étiez venus à moi par le frottement de nos lèvres, de nos peaux, et de nos sexes. Vos peaux aux abords de vos lèves se décollaient, se déchiraient aux contours de vos yeux et sur tout votre visage. Jusqu'à ce que l'un d'entre vous, sous la souffrance et le déchirement des chairs, crie au supplice, appelle à la délivrance.

- " pourquoi te venger ainsi ? La douleur t'égare. Pourquoi nous faire ramper à tes pieds, pourquoi nous trainer ainsi dans la poussière jusqu'à l'agonie et déchirer nos peaux ?

- A cause de la cicatrice

- Nous ne sommes pas responsables de tes douleurs passées, du décollement de tes chairs, tu n'étais pas vierge, tu n'as pas saigné

- Toi, qui parmi les autres, as réclamé mon sexe dans son flux abondant de sang, toi qui m'as prise cette fois là pour la dernière fois, sais tu seulement que depuis mon sang coule chaque mois pour écouler ta blessure ?

L'un deux qui voulut prendre la parole fut foudroyé sur le champ. Celui là n'avait tenu devant aucune épreuve, celui avait été une erreur, un brouillon de la nature, qui s'était obstiné, accroché aux parrois de sa mère. Celui là ne connaissait rien des épreuves du désert et ne pouvait y résister.

- Ces hommes sont des victimes d'eux mêmes et ne peuvent plus rien pour toi. Ils ne te seront d'aucun secours. Tourne leur le dos. "

Posté par s e g o l e n e à 06:34

08 octobre 2008

Maudits, nous étions maudits. Reliés en enfer. Noués par le cordon. Recouverts de cendres, de lave séchée, de souffre, des sécrétions de la terre et de nos sexes. Condamnés, nous étions condamnés à errer dans le désert jusqu'au refroidissement total de nos sangs, de nos peaux, de nos chairs. Jusqu'à l'extinction.

Condamnés, nous étions condamnés. Moi à marcher et avancer. Le sexe ouvert, béant et dilaté, comme il l'avait été tout au long de ma vie, comme si mes chairs, écartées trop tôt ne s'étaient jamais reformées et refermées. Vous à ramper pour avoir rampé dans vos existences, du bassin de vos mères, à celui de vos femmes, et du leur au mien. Condamnés, nous étions condamnées à avancer et marcher, moi à vous frapper à la tête, vous à mes talons.

A réécrire l'histoire des hommes et des femmes. De la morsure. De la vengence et de l'inanité.

Comme si toute l'histoire de l'humanité, la nôtre tenait de le venin de la terre. Depuis des millénaires. Entre nos pas. Entre la haine, la souffrance, les viols, les incestes, les crimes, comme si tout devait être contenu dans la morsure. Dans cette enflure rouge violacée. Entre nos cuisses. Dans ses crampes musculaires, ses spasmes du larynx, sa soif intense, et sa chutte de température. Nous marchions dans le désert sur la cicatrice éternelle du monde, comme vous aviez marché chacun sur les miennes. Ouvertement.

Posté par s e g o l e n e à 11:33

02 octobre 2008

Debout, cuisses raidies comme la terre, dévorée par une langue de feu, par les spasmes et les contractions, je me suis mise à me deverser et me répandre au sol. Et, dans la masse informe et visqueuse qui s'écoulait de la brûlure, je vous ai expulsés un à un. Mon col dilaté portait la forme de vos fronts et mes lèvres encerclaient vos crânes. Mes parrois écarlates léchaient vos yeux, vos nez, vos bouches, et vous raclaient jusqu'à la gorge. Et, dans vos masses informes, votre pâleur cireuse entre mes cuisses de ténèbre, vous portiez chacun au cou des traces d'ecchymoses. Les marques d'un ultime plaisir. De la strangulation de nos sexes et de leur afflux de sang.

Et dans la fièvre qui me tenait, à l'heure de la délivrance, un à un je vous ai regardés bleuir et suffoquer sous l'étroit cordon qui, tant de fois, nous avait reliés. Sous un ciel noir, je vous ai vus étouffer. Une dernière fois, sous la déchirure de mes chairs, j'ai écouté vos râles et vos pardons. Et sous mon utérus, je vous ai sentis tiédir et refroidir. Et vous recroqueviller. Et, dans la lave, tomber comme des cordons asséchés.

Posté par s e g o l e n e à 15:09

01 octobre 2008

Au début il y eut la tentation. Le désir de transgression. Au début, il y eut un désert, un serpent. Un sifflement perçant et mon envie irrépressible d'entrer dans la morsure de l'univers. D'emprunter et de suivre la piste dressée à perte de vue devant moi, enroulée aux pieds des montagnes. Au début, il y eut comme un appel de l'univers sous les pierres, les cailloux et la poussière. Mon besoin d'entrer dans la mue. Peau contre peau, soif contre soif. Peur contre peur.

Comme une épreuve pour remonter le bien et le mal. Pour éprouver la brûlure. Au début de ma traversée, il y eut cette lente descente, cet enfoncement progressif contre le flanc des montagnes. Ce frottement de ma chair par le col étroit de la terre. De la terre mère. Comme un premier passage en force sur un col interdit. Comme à la toute première heure. Au tout premier échange. Lorsque, pris de démence, nous écartons les cuisses de nos mères. Qu'elles s'ouvrent pour nous satisfaire. Que l'origine du monde est là. Dans cet échange irrespirable. Entre nos mères et nous. Sexe contre sexe.

Ma traversée fut comparable à cette lente descente aux enfers. D'un attouchement progressif de l'univers. Cuisses contre cuisses, lèvres contre lèvres avec jusqu'à l'endroit de la déchirure. Au point le plus fragile.

Sous la lente perfusion du désert, j'ai écarté comme la terre, une à une mes chairs. Passé le doigt entre mes cuisses pour en sentir la lave.  Encerclée par les montagnes, ses résilles noires, et ses longues jambes écartées, en contre jour sur le ciel, je me suis avancée. Rapprochée des hanches de l'univers. De toutes ces vibrations qui me venaient des quatre coins du monde.

Lentement, je me suis enfoncée. Le ciel, derrière moi s'est mis à se refermer, et les montagnes à se resserer. Le vent de sable à se lever. La poussière à s'infilter dans mes bronches et m'irriter. Lentement comme la terre je me suis mise à me solidifier. Sous une pluie fine de cendres, de plus en plus irrespirable, mon sang s'est épaissi et mis à coaguler lui aussi. Ma lave s'est asséchée. Et j'ai senti mon sexe se durcir. Et la colère de plus en plus noire monter entre ses lèvres. L'amplitude des ondes en moi aller et venir. Et j'ai senti mes premiers tremblements. Mes premières secousses. Cette brusque libération d'énergies qui me venait de l'épicentre de la terre. De l'hypocentre de mon foyer. De l'épine dorsale du monde. Et j'ai senti mes fissures s'élargir.  L'accumulation d'un magma. Et la dernière réplique monter et venir. Et j'ai senti mon sexe décharger. Cet immonde magma de braises et de baises jamais refroidi.

Posté par s e g o l e n e à 14:18